PUERTO RICO #jds #souvenirsludiques : J’associe ce jeu à la nuit, au froid et aux lumières artificielles qu'imposent les longues sessions de jeu et les soirées hivernales. Je ne suis pas vraiment sûr que l’on ait le droit d’y jouer de jour. C’était en février 2007, si ma mémoire est fidèle. Un ami d’un ami me propose de venir jouer à Puerto Rico. Mon expérience des jeux “modernes” se limite alors à des jeux plus simples, entre “Elixir” et autre “Munchkin”. Je suis averti de la longueur des parties (1h30, pensez-donc !). Cela ne me rebute pas. J’ai déjà joué à Risk. Je découvre le plateau de jeu. Ou plutôt les plateaux : le plateau commun me paraît alors anecdotique, car nous avons des plateaux individuels. Là où Risk nous imposait l’instabilité de son planisphère aux frontières mouvantes, je découvris la sensation de toute puissance sur mon territoire: ses bâtisses, ses champs de cultures et les êtres qui les peuplent. Ou plutôt qui l’envahissent. Les colons, ces petits disques marrons sans âme, débarquent en vagues successives sur ces terres présentées comme vierges. Les autochtones, eux, sont totalement absents, invisibilisés. Et cela ne me choquait point. Très vite, un mur se dresse devant moi. Un mur horizontal, dense et massif : le plateau de jeu commun, recouvert de ses nombreuses tuiles accolées les unes aux autres. Elles représentent tous les bâtiments à construire. Un mur de descriptions complexes et d'effets à retenir. Les illustrations n’y seront ajoutées qu’en 2017, pour adoucir le choc. Je n’avais pas tout compris aux effets des bâtiments, mais j’avais bien compris le principe de produire et de récolter. Et c’est ainsi que je développais mon propre circuit de production, avec mes champs et mes carrières qui émergent de mon plateau personnel. Vous ai-je dit que nous avions des plateaux personnels ? C’est très sympa un plateau personnel. Je découvre également avec joie la gestion des tours de jeu : à son tour, on choisit une action, mais les autres joueuses ou joueurs font également la même action, mais sans un bonus qui vous est réservé. Après d'interminables parties de Munchkin à attendre son tour, c’est une surprise salvatrice. Évidemment, je gère beaucoup moins bien ma production que mes amis plus aguerris : la connaissance fine des effets des bâtiments est cruciale, et la gestion des départs de bateau ne s’appréhende correctement qu’après quelques tours de jeu. Mais c’est un tout nouveau monde ludique qui s’ouvre à moi, un monde où la durée d’une partie n’est plus synonyme de monotonie. Là, la variété des actions et des situations m'enthousiasme. J’y retrouve des sensations de jeu de gestion, entre Theme Hospital et Casear III. Je ne sais plus si j’ai acheté le jeu ou si on me l’a offert. Mais il est toujours là dans ma ludothèque, avec sa couverture absurde, où le fier colon au regard lointain est relégué sur la tranche, seul son chapeau ayant droit aux honneurs de la couverture. Aujourd’hui, sans rien occulter de ses relents colonialistes, j’aime toujours beaucoup jouer à ce jeu.
Want to write longer posts on Bluesky?
Create your own extended posts and share them seamlessly on Bluesky.
Create Your PostThis is a free tool. If you find it useful, please consider a donation to keep it alive! 💙
You can find the coffee icon in the bottom right corner.