En écoutant la Mémoire et la Mer Pour écoute la chanson en même temps que vous lisez le texte que j'ai écrit...https://youtu.be/aDHu3r2VLv0?si=7DrDm8pNVuSMA8Ey J’y pensais dans la voiture, ce soir, en voyant là-bas le soleil de ce soir de février, brillant, se coucher dans la ligne de l’horizon. Les yeux un peu aveuglés par ce disque d’or, et la Mémoire et la Mer de Ferré envahissant l’habitacle de la voiture. J’y pensais, à ce passé rhizome, aux embranchements de vie que je n’ai pas pris. Notre existence n’est-elle pas au fond qu’une série de probabilités, de possibles advenus, de possibles laissés sur le bord du chemin par peur, par hasard, parce qu’on ne les voit même pas, ou qu’on ne veut pas les accueillir en nous ? Comment s’appelait donc cette jeune fille, blonde, à la tresse si longue, que j’avais raccompagnée chez elle, chez ses parents ? J’étais étudiant, c’est juste après le temps de mon adolescence. Quel était son prénom ? Je ne le sais plus, il s’est perdu dans les limbes de ma mémoire. C’était un simple béguin, une attirance pour sa beauté épanouie, pour une forme de douceur, une sorte de langueur, sans doute. Ou plus ? Quel était son prénom ? J’y pensais, j’y pense encore. Une autre femme, plus loin dans le tracé d’une vie, brune, les lèvres ourlées, un corps en forme de vase à taille de guêpe, une senteur qui m’attire dans ses plis… Un si beau regard, une discrète quelque part au bord de ses lèvres, je ne sais plus où exactement. Comment s’appelait-elle ? Elle s’est perdue, elle aussi, dans le ressac du temps qui disperse tout. Un si beau regard, une timidité de ma part, je n’arrive pas à lui dire ce que je ressens… Je la revois, elle conduit la voiture, la main posée sur le levier de vitesse… C’est un moment suspendu, un tout petit ou si grand regret ? Le soleil m’aveugle à travers le pare-brise… Et je revois d’autres moments, des affouillements de vie où l’on se sent aspiré au fond de quelque chose d’indistinct, où les murs porteurs livrent leurs béances, où la toile se déchire… Le corps projeté sur le sol se cabre dans les sursauts du cœur défait, dans le retroussement des sentiments violés. Et ce chat qui crache du sang, et à qui je dis adieu, et qui le sait, j’en suis encore sûr. Il est parti par la porte entrebâillée, et je ne l’ai plus revu. J’y pensais, j’y pense encore. Un autre soleil qui descend à l’horizon, il y a bien des années, et qui glisse sur les champs, à travers le parebrise d’une autre voiture que j’ai arrêtée dans un chemin cabossé comme moi. J’ai mis le disque de la messe en sol mineur de Mozart, c’est le kyrié eleisson… L’entends-je encore ? Ou suis-je en train de réinventer un souvenir alors même que j’écris ces mots et écoute ce passage de l’œuvre ? Et le soleil noir irrigue mes veines, mon cœur… Dans cette voiture, à ce moment fragmenté de vie où tout se déchausse. Il y a combien d’années, déjà ? J’y pensais dans la voiture, ce soir, en voyant là-bas le soleil de ce soir de février, brillant, se coucher dans la ligne de l’horizon. J’y pensais, à tous ces chemins qui menaient quelque part, perdus dans la forêt noire des années en allées. A ces sentes que j’ai laissées de côté et qui conduisaient peut-être à d’autres corps, à d’autres amours, à d’autres amitiés, à toute autre chose que ce qui a pris corps, que ce qui a existé pour moi. J’y pensais, les yeux aveuglés, à tous ces chemins qui ne menaient à rien que j’ai empruntés pour faire ma vie, la mienne. J’y pense… A cet homme au mitan marchant dans la nuit, sur le port, dans le vent, tremblant de tout son être dans sa chambre. Je n’est pas un autre, finalement… Il ne peut pas devenir étranger à lui-même. « La marée, je l’ai dans cœur, qui me remonte peu à peu… »
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